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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 12:28

Le changement d’année universitaire est une saison propice pour les établissements financiers qui multiplient les offres alléchantes en direction des étudiants. Mais là, le Crédit Agricole Sud-Méditerranée a fait fort. Alors que l’année universitaire 2013-2014 est tout juste en train de s’achever (first mover advantage oblige), une distribution massive de tracts et des dépôts de piles de documents dans des lieux stratégiques (caisses de cafeteria, par exemple) ont fait connaître une offre « énorme » (sic) que tout étudiant sensé ne saurait refuser : « ça va être dur de passer à côté »…

Il faut bien reconnaître qu’un taux d’intérêt de 1%, la gratuité des frais de dossier et le caractère facultatif de l’assurance constituent des éléments particulièrement attractifs.

Quelles sont donc ces quatre offres philanthropiques d’un des membres éminents de la Fondation UPVD ? Un prêt Mosaïc de 1000 euros à rembourser sur douze mois, un prêt Good Loc de 2000 euros à rembourser sur 36 mois, un prêt Auto de 8000 euros à rembourser sur 48 mois et le top – un prêt Etudiant de 15000 euros avec un différé de remboursement de 36 mois, 36 mini-mensualités (12,44 euros) et 24 mensualités de plus de 600 euros. Notons au passage que l’assurance (fournie par Predica, une structure maison) double le taux d’intérêt (ou plus puisque « le coût de l’assurance peut varier en fonction de votre situation personnelle »).

Des étudiants généralement sans revenus, qui arrivent souvent à couvrir à peine leurs frais d’études par de petits jobs, à l’année ou en été, sont ainsi invités à se mettre la corde au cou pendant plusieurs années avec des mensualités allant de 56 à 170 euros.  Et les jeunes diplômés qui auraient souscrit un Prêt Etudiant devront rapidement obtenir – dans un contexte économique plus que difficile - un emploi en CDI à plus de 1800 euros nets mensuels pour rester dans des ratios d’endettement raisonnables. Les techniques classiques d’acquisition de clientèle (bonus d’ouverture de compte, carte bancaire gratuite la première année,….) ont été remisées au placard. Cette opération participe d’un matraquage médiatique d’incitation à l’endettement présenté comme un comportement « normal » - incitation d’autant plus révoltante que l’on vise des jeunes (voire des très jeunes), sans ressources et majoritairement, dans le cas de l’UPVD, issus de milieux modestes. En dernière instance, ce sont les cautions familiales (parents ou grands-parents) généralement déjà endettées – parfois lourdement – qui vont devoir s’engager. Des pratiques d’autant plus détestables que cet établissement bancaire ne cesse de vouloir s’affirmer comme mutualiste et citoyen.

Aux U.S.A., l’endettement étudiant a doublé en cinq ans pour dépasser désormais le millier de milliards de dollars et les défaillances ne cessent de se multiplier   (actuellement de l’ordre de 12%). Certains économistes, comme le Prix Nobel Joseph Stiglitz, vont même jusqu’à penser que la dette insolvable des étudiants est susceptible de provoquer  la prochaine crise….

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